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9 septembre 2006 6 09 /09 /septembre /2006 09:07

Affiche française. Warner Bros. France

La jeune fille de l'eau  prouve le talent de metteur en scène de Shyamalan et ses faiblesses de scénariste.

Son cinéma,le plus interessant que le cinéma américain ait produit ses dernières années est un cinema de genre hanté par l'étrange,la violence et les fantomes.

Bryce Dallas Howard. Warner Bros. France

Ses films sont constitués de deux boîtes enchassées l' une dans l'autres.Il existe une première boîte qui correspond au plan du réel et qui correspond à un premier niveau de perception-déficient-du personnage principal.C'est la perception de l'enfant du sixième sens,de l'infirme d'incassable,de l'aveugle du village,de la nymphe de la fille de l'eau.

A ce défaut de perception correspond la perception du spectateur limitée à un champs visuel réduit par rapport au champs visuel de la réalité et surtout plongé dans une temporalité-une nappe de temps-qui peut à tout moment être remise en cause par un évènement extérieur violent.

Bryce Dallas Howard et Paul Giamatti. Warner Bros. France

On ne compte plus chez Shyamalan les scènes de surgissements brutaux de monstres d'un autre monde faits pour faire sursauter le spectateur-ce qui est la loi du genre-mais qui participe à la création de ce cinéma où le monde décrit est doublé par un autre monde,un monde parallèle qui fait effraction dans le récit.

Ce deuxième monde est une deuxième boîte.C'est celle d'un monde transcendant,celui de l'exterieur de la caverne de Platon.Celui du hors champs au cinéma.Ce deuxième monde est inquiétant.A cet égard la disparition angoissante du personnage de la vieille conteuse asiatique le temps d'un champs/contre-champs dans la jeune fille de l'eau est emblématique de ce cinéma.Ce deuxième monde n'est pas un paradis.

C'est un lieu de la mise en danger de personnages qui souffrent et qui ont construit un monde à leur dimension qui correspond à la première boîte.Mais plus profondément le film montre que la menace extérieure répond en fait à une fèlure intérieure et qu'elle concerne tous les personnages:la nymphe,le gardien mais aussi tous les locataires de l'immeuble comme dans fenêtre sur cour de Hitchcock.

Le récit du conte d'enfant qui donne au gardien le mode d'emploi pour renvoyer la nymphe dans son monde peut constituer un troisième monde,une troisième boîte.,comme le cinéma et le film lui-même.

La description du monde donné comme réel par Shyamalan est très brillante.Dans la jeune fille de l'eau,il montre avec un grand talent la vie ordinaire d'un immeuble de banlieue,son gardien et sa piscine.Il sait faire de cette piscine un lieu inquiétant,le nombril du monde d'où va venir la nymphe et ses fantomes.Sa mise en scène qui n'hésite pas filmer plusieurs fois le même lieu et à le rendre plus inquiétant à chaque fois réussit à décrire l'espace comme rarement au cinéma.Shyamalan est un cinéaste topologique.Le spectateur peut se repérer dans ses décors.

Bob Balaban et Paul Giamatti. Warner Bros. France

Le problème avec ses scénarios,c'est qu'une fois que le décor est posé et que l'extériorité menaçante est apparue,le film déçoit.La menace extérieure en particulier dans la jeune fille de l'eau est particulièrement décevante.Les monstres pelés et ridicules sont faits avec un amateurisme surprenant à l'ère du numérique et le film sombre dans un salmigondis mystique où chacun pauvre humain déboussolé finit par trouver la voie grace au contact de la nymphe.

Natasha Perez, Carla Jimenez, Maricruz Hernandez et Monique Curnen. Warner Bros. France

Le rôle du critique de cinéma qui se trompe dans ses interprétations du conte oriental met mal à l'aise,Shymalan ne se génant pas pour règler à travers lui ses comptes avec la critique.

Tant de talent gaspillé pour une fable laborieuse.La seule chose que l'on peut espèrer c'est que Shyamalan ne la prend pas au sérieux.      

Ce monde menacé de l'extérieur est en fait miné de l'intérieur d'où le retour-maladroit- sur les personnalités déboussolées du monde réel et leur besoin de rédemption mystique.

Shaymalan avec ses défauts réussit le portrait des Etats Unis d'aujourd'hui.Les puissances du Mal sont à l'extérieur mais peut être aussi en elle.Ce doute traverse tout son cinéma,fantastique pour le meilleur,mystique pour le pire.



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