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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 08:10
MK2 Diffusion
Avec Vénus noire Abdellatif Kechiche réalise un film de la portée de Salo de Pasolini,un film qui fait le procès du regard sur l'Autre,le procès de l'image,le procès du cinéma.Ce n'est donc pas un film facile à regarder mais c'est un film indispensable à voir.
Le film raconte les cinq dernières années de la vie de la vénus Hottentote et ses aventures post-mortem.Il s'agit d'une femme noire,exhibée comme phénomène de foire au début du dix-neuvième siècle à Londres puis à Paris.Devenue objet de la justice à Londres puis jouet sexuel à Paris,elles est également objet d'une curiosité scientifique classificatrice,raciste et délirante.Elle attire la curiosité par le développement de son fessier et de ses organes sexuels.
Yahima Torres. MK2 Diffusion
Le film est constitué de longues scènes quasi documentaires qui montrent ses exhibitions avec une caméra portée à l'épaule qui filme au plus près des visages,ceux de la vénus et ceux des spectateurs:riches et pauvres,scientifiques et hommes de loi,dessinateurs et proxénètes.La durée inhabituelle des scènes inclut le spectateur dans le film,il se retrouve confronté à sa propre pulsion scopique.Il devient l'otage de scènes que n'aurait pas renié le marquis de Sade. 
Yahima Torres. MK2 Diffusion
Le film montre sans concession,la domination que cette femme subit,qu'elle prétend volontaire lorsqu'elle comparaît au tribunal,tellement aliénée qu'elle revendique son aliénation.Pour tenir le coup,elle se réfugie dans l'alcool et une attitude de résistance molle et boudeuse extraordinairement incarnée par Yasmina Torres.Ses seuls instants de répit sont les rares moments où elle peut jouer d'un misérable violon.
Il n'y a aucune rédemption dans le film,le peu de compréhension qu'elle trouve auprès d'un dessinateur de l'équipe scientifique n'arrête pas sa déchéance inéluctable.Et même lorsque ses restes sont renvoyés en Afrique du Sud en 2002,l'impression de reconnaissance de son martyr par la France ne la fait pas sortir de sa condition d'objet.Kechiche qui a raconté des histoires de domination dans l'immigration en réalisant des films politiques très incarnés réalise ici un film dont le propos est beaucoup plus large,où la domination semble exister dans toutes les relations humaines et dans toutes leurs médiations,images,et cinéma compris.



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